Joubi (Pascale). (

Un article de la La Mémoire du Québec (2022).

  • Femme de lettres.

Docteure en littératures de langue française de l'Université de Montréal-UdeM.
Ses recherches portent sur l'écriture, l'histoire et la représentation des femmes dans les littératures française et québécoise des périodes moderne et contemporaine.
Elle s'intéresse plus particulièrement à la réécriture des mythes, aux gender studies et, plus récemment, aux théories et éthiques du care en littérature.
L'éthique du care place au coeur de sa réflexion l'effet de nos choix et actions au quotidien, par opposition à des théories abstraites de la justice, élaborées à partir de principes. À l'origine, Carol Gilligan, collègue de Lawrence Kohlberg, critique son échelle de développement moral.
Amazones modernes et contemporaines. Résistance, combat, pouvoir est son premier livre.

Beautés vénusiennes

Le xve siècle établit son propre canon de beauté, élaboré notamment en fonction des conventions religieuses : cheveux longs et blonds, peau blanche, pommettes et bouche roses, yeux petits et verts, sourcils blonds et courbes, front haut, poitrine petite, rebondie, pleine et portée haute, ventre rond comme en gésine, sexe glabre, membres fins. La femme nue est figée dans la période de sa croissance où elle atteint le paroxysme de sa forme et de son élégance : ce laps de temps entre la fin de l'adolescence et l'âge adulte, le bel âge. Ce nu très codifié devient donc celui de la personnification de la beauté, l'image de Vénus.
Les Vénus de Testard reprennent globalement la tradition antique, avec quelques modifications pour les mettre au goût du jour : les cheveux sont détachés et le ventre est rond. Ici la déesse n'est pas véritablement impersonnelle : elle s'apparente à la jeune fille dont la sexualité est naissante.
D'elle émane la « gynéité », mise en exergue par le geste de soulever son sein nourricier, objet du désir masculin.
Incontestablement, par ce geste, le corps s'empreint d'érotisme. La naissance de la déesse, causée par l'immersion du membre castré de Saturne dans la mer, instaure le règne du plaisir. En conséquence, la relation de Vénus à l'amour charnel est indiscutable. Mais cela ne la réduit pas. La double signification de la déesse est visible chez notre peintre. Sa Vénus anadyomène est un réceptacle de la beauté (fig. 1). Testard suit la description littéraire : jeune fille, couronne de fleurs, colombes et mer. Sa nudité, quant à elle, est relative : Vénus amène devant son corps un voile transparent. Le but premier de cette nudité partielle n'est pas de cacher un nu vulgaire mais bien d'attirer le regard sur un nu symbolique, tout comme le perizonium du Christ. On cache l'objet de luxure pour réorienter le discours sur la beauté. La même femme, peinte entièrement nue, sans ce que nous appellerons un voile de pudeur ramené devant elle, serait une parfaite critique du danger de la beauté féminine. Finalement, ce voile agit comme la pudeur du beau sexe, voile naturel que conserve la femme honnête, même lorsqu'elle est nue. Cette « éclipse de la beauté féminine. » abstrait alors « le corps des contingences quotidiennes et de la sexualisation du dénudé16 ».

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